Micheline. Je m’appelle Micheline Ostermeyer comme Oh-c’est-la-meilleure. Quasi. Je suis née le 23 décembre 1922 à Rang-du-fliers dans le Pas-de-Calais. Mon père, Henri, est directeur d’un centre d’Orphelins au Touquet, professeur puis ingénieur. Ma mère, Odette, est professeur de piano. 

Mon père me met au sport et ma mère au piano. J’ai 4 ans.

À 6 ans, je m’installe avec ma famille en Tunisie. C’est là, à Tunis, que j’effectue mon premier concert, à l’âge de 12 ans. Je suis si douée au piano que je suis envoyée en France pour intégrer le conservatoire. La Seconde Guerre mondiale éclate et je retourne en Tunisie où mon père me fait découvrir le basket-ball et l’athlétisme. En 1941, j’obtiens le baccalauréat et je dispute les championnats de Tunisie. Je remporte les épreuves du 60 m, du saut en longueur et en hauteur, des lancers du disque et du poids. À la fin de la guerre, je retourne à Paris et j’obtiens le premier prix de piano au Conservatoire le 13 juillet 1946. Mon enfance sera un Paris-Tunis sans fin. 

À mon retour à Paris, je me présente à la fédération française d’athlétisme et énonce mon palmarès. Apparemment, c’est drôle car les gens sourient. Mais on m’offre tout de même la possibilité d’intégrer un groupe d’entraînement.

En 1946, je dispute les championnats de France et je remporte les titres du saut en hauteur et du poids. J’établis même le record de France du lancer de poids. Il faut bien reconnaître que je ne blaguais pas.

En 1947, je termine quatrième au concours international de piano de Genève parmi 900 concurrentes. La quatrième place. La plus ingrate.

Trois semaines avant les Jeux Olympique de Londres de 1948, j’apprends qu’en plus des poids, on peut aussi lancer des disques ! Génial, non ? Je m’inscris à cette épreuve et à chaque essai, je progresse d’un mètre. Je termine avec un lancer à 41,92 m et du coup, une médaille d’or. Je monte aussi sur la plus haute marche pour le lancer du poids et j’obtiens la médaille de bronze au saut en hauteur en franchissant 1,61 m, le nouveau record de France.

Le soir de ma victoire au poids, j’ai un peu de temps alors je donne un concert de piano.

J’aime bien le sport. Tous les sports. Alors je les pratique tous. Je remporte douze titres de championne de France dans six disciplines différentes (le 60 m, le 80 m, haies, le 4 × 100 m, le saut en hauteur, le lancer du poids, du disque et le pentathlon). Je bats aussi dix-neuf records de France (un au 80 m haies, un en hauteur, dix au poids, quatre au disque et trois au pentathlon).

En 1952, je me marie au Liban où je vis désormais. En 1953, je remporte avec le club de la Société sportive arménienne le titre de championne d’Afrique du Nord et du Liban en basket-ball. 

J’ai quelques soucis de santé, des blessures par-ci par-là qui me forcent à l’arrêt de manière occasionnelle.  Mais c’est une déformation de la colonne vertébrale qui me fera véritablement arrêter la compétition sportive sous l’ordre d’un médecin. 

En 1954, nous rentrons en France. Mon mari n’a toujours pas sa naturalisation et je dois subvenir seule aux besoins de ma famille. J’enchaîne les concerts et accepte un rôle de professeur de solfège au conservatoire de Lorient.

En 1965, mon mari meurt et je pars enseigner au conservatoire de Saint-Germain-en-Laye. J’y resterai douze ans.

En 1992, je suis nommée chevalière de la Légion d’honneur grâce à l’intervention de Nelson Paillou, le président du Comité national olympique français. C’est vrai que deux médailles d’or, une de bronze aux JO et un nombre incalculable de records de France, c’est un peu dommage de l’oublier.

Je meurs le 17 octobre 2001, à l’âge de 78 ans.

En 2003, André Halphen le créateur de la « Gazette » de l’Equipe Magazine,  dira de moi que j’étais « Douce, paisible, effacée, à l’opposé de toutes celles qui jouent les stars après avoir gagné un titre ou deux »

Comment ne pas oublier les femmes, quand c’est ce qu’on attend d’elles.

 

 

Article écrit par Sophie Astrabie.