Suzanne. Je m’appelle Suzanne Lenglen comme… ça alors !  Comme un court de tennis de Roland-Garros ! Je suis née le 24 mai 1899 à Paris. Mon père, Charles, était rentier et pharmacien quant à ma mère, Anaïse Dhainault, elle était elle-même.

À 7 ans, je déménage avec ma famille en Picardie, à Marest-sur-Matz et c’est là-bas qu’à 11 ans, mon père m’offre ma première raquette de tennis pour que je puisse m’amuser sur le court familial.  Je suis très sportive et je pratique différents sports : le golf, la natation, le tir à l’arc et l’équitation. Mais mon père trouve que c’est en tennis que je me débrouille le mieux, alors il décide de devenir mon entraineur.

Je m’inscris à plusieurs tournois où je me fais remarquer. En juin 1914, alors que je n’ai que 15 ans, je participe au championnat de France. Je perds en finale face à la super star Marguerite Broquedis (la première française championne olympique, toutes disciplines confondues). Trois semaines plus tard, je prends ma revanche en étant sacrée championne du monde de tennis sur terre battue. Sauf que bon. C’est un peu la guerre. Donc le « monde », c’est vite dit.

Avec l’arrivée des allemands dans notre région, on quitte le nord de la France pour le sud. On s’installe dans notre résidence secondaire, à Nice (peut-être plus rentier que pharmacien, ce Charles). Pendant toute la période de la guerre, je perfectionne mon coup droit et mon revers.

En 1919, je participe au tournois de Wimbledon et j’affronte Dorothy Lambert Chambers, âgée de 40 ans, qui a déjà remporté sept fois le tournoi. Je perds le second set et je ne suis pas en grande forme. Voyant cela, mon père me lance un flacon de Cognac sur le terrain. Je bois une gorgée, sauve deux balles de matchs et remporte la rencontre. À partir de ce jour-là, le Cognac deviendra mon petit remontant fétiche.

Entre 1919 et 1926, je remporte six fois le tournois de Wimbledon, quatre fois les championnats de France et deux fois les internationaux de France en simple. Je gagne aussi à quatre reprises les Championnats du monde sur terre battue. En août 1920, aux jeux Olympique d’Anvers, je remporte la médaille d’or en simple et en double mixte ainsi que la médaille de bronze en double femme. Au cours de ma carrière, je remporte 241 tournois (81 en simple, 73 en double dames et 87 en double mixte). Entre 1921 et 1926, je réussis même une série de 171 victoires consécutives.

Je ne me contente pas de gagner. Je fais déplacer la foule.  Je deviens une star en Angleterre dès 1919 pour avoir gagné contre Dorothy Chambers et à partir de 1925 en France.

J’ai un style de jeu très reconnaissable. Mon tennis est un mélange de danse et de lutte. Je suis gracieuse et rapide. Je frappe les deux pieds en l’air, je bondis au filet, je smashe sur la pointe des pieds. J’invente mon propre tennis. On me surnomme « la Divine ».

Je révolutionne aussi le code vestimentaire. Je porte des robes plus courtes et je dévoile mes chevilles et mes bras nus. Je deviens même l’égérie de Jean Patou, un des plus grands couturiers de l’époque, avec ma jupe en soie jusqu’aux genoux et mon bandeau en tulle. Je porte aussi des habits de couleurs à une époque où le blanc prime et j’arrive sur les courts, maquillée, parée de bijoux et enveloppée dans mon manteau de fourrure. Après tout pourquoi pas.

Mon match le plus célèbre a lieu le 17 février 1926 à Cannes, où j’affronte Helen Wills, une américaine de 20 ans, triple vainqueure des Championnats des États-Unis. La foule est dense et riche : des rois, des ducs et des journalistes de tous pays accourent. Les billets sont si chers (1.200 francs, soit 22 fois le prix d’une finale de Wimbledon) que les spectateurs montent dans les arbres ou sur les toits des maisons. Je remporte la partie de ce qui sera appelé « le match du siècle ».

En 1926, lors des Internationaux de France, je remporte la finale contre Mary Browne en 27 minutes. C’est la plus courte finale de l’histoire des tournois du Grand Chelem.

Cette même année, lors du tournoi de Wimbledon,  je ne me sens pas dans mon assiette. À la suite d’un changement de programme, je dois jouer mes deux matchs simple et double, à la suite. Je refuse. Je n’ai perdu qu’un seul match en simple de toute ma carrière, et ce fut à cause d’un abandon alors que j’étais malade. Il est hors de question que je reproduise cette même erreur. Les organisateurs me menacent de disqualification mais ça m’est égal. Je ne me présente pas sur le court pour disputer le double avec Diddie Vlasto, ma partenaire. Problème, la reine d’Angleterre Mary est déjà dans sa loge. Je suis désespérée mais je reste enfermée dans les vestiaires. Finalement, le match a lieu le lendemain. Mais le public anglais est vexé et sera glacial.

Je décide de quitter la compétition et de me lancer dans le tennis professionnel : je fais une tournée aux États-Unis. Mon premier match, je le dispute le 9 octobre 1926 devant les 13 000 spectateurs du Madison Square Garden de New-York.  Pendant les quatre mois de la tournée, je gagne mes 38 matchs.

En 1928, j’abandonne le tennis en tant que joueuse. À 30 ans, je deviens collaboratrice d’une grande maison de couture pour laquelle je dessine des modèles de sport. Je fais des apparitions dans des publicités, joue dans des films et des courts métrages avant d’ouvrir mon école de tennis « Suzanne Lenglen, initiation au tennis » qui sera reconnue par la Fédération française de tennis comme centre fédéral d’entraînement.

En 1937, j’ai 38 ans et je publie un ouvrage de référence sur les techniques du tennis, en collaboration avec la danseuse britannique Margaret Morris : Tennis by simple exercices.

En juin 1938, j’apprends que j’ai une leucémie. En quelques jours mon état se dégrade complètement et je meurs, le 4 juillet 1938. Mon enterrement sera le match du siècle. Sauf que cette fois, ce match, je l’ai perdu.

 

 

Article écrit par Sophie Astrabie