L’autre jour je suis tombée par hasard sur ce post Instagram . Il s’agit de connaître le mot qui est né la même année que nous. Et j’ai trouvé ça marrant de me dire qu’il y avait des personnes qui étaient nées la même année que le mot disquette. Marrant aussi, de découvrir que mon mec était né l’année du mot fax alors qu’il n’en a jamais envoyé un seul. 

Je n’ai pas la moindre idée de la dernière fois où j’ai prononcé le mot disquette et encore moins le mot fax, si on considère que “fascinant” ne compte pas. Mais ça m’a fait penser à ces concepts qui sont apparus après ma naissance – comme vapoter ou l’ADSL – et au fait que j’avais vécu des années sans leur existence. J’avais vécu sans être au courant des mots à venir, comme la nouvelle génération vit avec une idée floue de ce qu’est une disquette. 

Seulement, à partir du moment où ces mots apparaissent dans notre vie, alors les dictionnaires prennent la peine de les noter. Et cela, même si ces mots disparaissent un jour du langage courant. Le dictionnaire, c’est un peu le Panthéon des mots. Dès qu’ils y entrent,  ils existent pour l’éternité. Ils existent vraiment et il est donc possible de les utiliser. Avant cela, ce sont des mots illégitimes, des mots soulignés au feutre rouge sur nos copies d’examen, des mots qui ne rapportent aucun point au Scrabble. Après, c’est la liberté.

Cette semaine, je suis aussi tombée sur ce post Instagram de Konbini, dans lequel Titiou Lecoq raconte que l’Histoire a effacé les femmes. Pour cela, elle explique de nombreuses choses fascinantes (ou faxinantes à vous de voir) mais surtout, elle dit que dans le manuel scolaire de seconde générale, en 2021, sur les 270 pages seulement six d’entre elles parlent de femmes.

Je me suis dit que c’était ça aujourd’hui et que c’était sûrement bien pire quand j’étais en seconde, quinze ans plus tôt. Je me suis dit que j’avais été éduquée dans un monde où toutes les personnes qui semblaient l’avoir construit étaient des hommes et que pendant longtemps je n’avais pas vu le problème.

À présent, le problème me saute aux yeux.

Est-ce qu’on s’autorise vraiment à prononcer un mot qui n’existe pas, ailleurs que dans sa salle de bain ou sa voiture ?

Est-ce qu’on s’autorise vraiment à être quelqu’un sans avoir lu quelque part que le chemin pour le devenir existait ?

Pendant longtemps je n’ai pas eu de role model, parce que ces deux mots ensemble n’existaient pas. Je n’ai pas eu de role model non plus, parce qu’il y avait trop peu de femmes dans mes livres d’Histoire et de littérature auxquelles je pouvais m’identifier.

Je suis née dans un monde où lorsqu’une femme était dans un manuel scolaire, il était souvent suivi de la préposition “de”.

Combien d’hommes postuleraient à une offre d’emploi si l’intitulé du poste était au féminin ? Combien d’hommes sont “femme de ménage” ou bien “sage-femme” ?

Il ne faut pas prétendre l’inverse : les mots comptent, surtout lorsqu’ils sont écrits.

Pour l’édition 2022 du  Petit Larousse illustré, 170 nouveaux mots seront ajoutés.

Il est temps de faire entrer les femmes dans les livres et nos manuels scolaires. Pour qu’on puisse enfin les utiliser comme role model.

 

 

 

Article rédigé par Sophie Astrabie.