Depuis quatre ans et demi j’ai une fille et depuis deux ans, j’en ai deux. 

Un jour, sans vraiment réfléchir, on a voulu un enfant. On n’a pas pesé le pour et le contre. On ne s’est pas demandé si c’était le bon moment. On n’a pas tapé “enfant” sur Google pour voir à quoi ça ressemblait. On s’est juste dit pourquoi pas, après tout, ça avait l’air cool dans les films.

Et puis notre fille est née et là… 

Souvenez-vous, quand on arrivait au collège le lundi matin et que quelqu’un nous disait “Quoi ? Tu ne savais pas qu’il y avait contrôle?”. Cette sorte de stress et de désespoir, couplés à une absence totale de connaissances. Et bien pareil.

Pourtant, nous avons eu une enfant cool. Une enfant calme. Une enfant qui dormait quand tout allait bien, et qui allait bien la plupart du temps. Une enfant qu’on prenait partout et qui était contente d’être prise partout.

On n’a pas arrêté de nous répéter qu’on avait de la chance, qu’on avait une enfant tellement sympa, tellement sage, tellement parfaite. Et c’était plutôt vrai. Mais c’était aussi un peu faux.

On m’a aussi dit “Oui mais c’est une fille”. Et je n’ai rien dit. Car c’était indéniable : ma fille était une fille.

Un jour, on a eu une seconde fille. C’était les mêmes parents, à priori les mêmes ingrédients, mais pas le même modèle. Elle est sympa, sage et parfaite mais elle est aussi d’autres trucs qui font qu’on passe pas mal de notre temps à lui mettre des pansements sur le corps.

Et puis le temps a passé. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’enfants autour de nous et avec eux, une nouvelle phrase a fait son apparition : “Après voilà, c’est un garçon…”. 

Ces deux phrases m’embêtent. Ça m’embête parce que cela implique que si une fille est sage, c’est parce que c’est une fille et pas parce qu’elle fait en sorte d’être sage. Elle est sage parce que c’est comme ça, c’est dans ses gênes. Et rien ne m’angoisse plus dans la vie que de penser que tout est déjà écrit d’avance. Que tout est déjà en nous, dans notre histoire, dans notre ADN. 

Ce qui m’embête aussi, c’est que cela implique que si un garçon est insupportable, il a une bonne excuse. Oui mais c’est un garçon. Être un garçon, expliquerait qu’on mène une vie invivable à ses parents, qu’on puisse crier, désobéir, taper, se mettre en danger, se salir, etc. Être un garçon serait une circonstance atténuante. 

Et peut-être que c’est vrai après tout. Peut-être que les garçons sont moins faciles. Mais peut-être faut-il se demander pourquoi ils sont ce qu’ils sont. Si on laisse les garçons sauter partout parce que la société a la certitude qu’ils ont une énergie débordante, pourquoi arrêteraient-ils de sauter ? Dans la vie, il me semble que l’on fait plus facilement les choses que l’on nous autorise. 

Et puis peut-être que l’injonction à être sage pour une petite fille, ne se trouve pas uniquement dans notre société mais dans toutes celles qui nous ont précédés. Car si l’évolution nous a changé physiquement, nous les humains, pourquoi ne nous changerait-elle pas psychiquement ?

Je n’ai pas de garçons mais j’ai deux filles et parfois, je fais semblant de ne pas voir qu’elles font des bêtises pour ne pas avoir à les reprendre. Parce que j’ai la flemme. Alors j’imagine assez facilement, que si j’avais un garçon je me cacherais derrière ces excuses toutes faites, parfois, moi aussi. Que “la faute à la nature humaine” aurait bon dos car la plupart des parents sont trop fatigués pour ne pas être lâches.

Mais il faut arrêter de prononcer ces phrases qui nous enferment. Ces phrases qui en restreignent certain.es et en autorisent d’autres. Ces phrases qui font presque s’excuser les parents des petites filles de ne pas avoir une vie si difficile.

 

 

 

Article écrit par Sophie Astrabie