Joss. Je m’appelle Joss Devilleneuve. Je suis née le 29 mars 1961 à Montfermeil en Seine Saint-Denis. J’ai une sœur jumelle qui s’appelle Catherine. Catherine Devilleneuve. Oui, on sait.

Ma mère est issue d’une famille immigrée russe polonaise à l’enfance pas très joyeuse. Alors à la maison, les portes sont grandes ouvertes pour faire entrer le soleil et les amis. Le matin elle part tôt et le soir, elle rentre tard. Elle fait des ménages pour nous offrir, en plus de l’amour et la nourriture, des patins à roulettes. Mon père, lui, préfère la roulette du casino. Il joue, perd, joue encore, perd toujours. Il déserte et sombre dans l’alcool. Avec ma sœur nous ne l’avons vu qu’une seule fois.

Je suis une enfant timide, réservée et j’ai peur de tout. Les feuilles qui bougent, les chats qui miaulent, le vent qui souffle… Un jour, j’entendrais quelqu’un prononcer cette phrase qui viendra rassurer l’enfant que j’ai été : “Si tu as peur c’est parce que tu es créatif. Tu imagines trop de choses

En attendant, je sursaute quand une porte claque. 

Je suis passionnée d’instruments de musique, j’écris des poèmes, je lis Baudelaire… mais mon rêve, mon rêve ultime c’est de devenir danseuse étoile. Je danse mais pour continuer de danser il faut que je travaille à l’école. Je préfère la danse, ma mère préfère l’école. Je n’ai plus la danse alors je ne veux plus l’école.

L’ennui de mon enfance développe mon envie d’évasion. Mon endroit préféré en classe, c’est la fenêtre. Étudier de toutes ses forces pour avoir un travail ? Quel travail ? Celui qui épuise ma mère du matin jusqu’au soir ? Je préfère rêver. On me propose de rêver en CAP comptabilité.

Un jour, mon oncle vient manger à la maison. Je lui annonce que j’ai pour objectif de gagner beaucoup d’argent. Sur un ton de défi, il me dit que pour cela, il faut travailler. Alors tous les samedis, je fais le ménage et sers des petits-déjeuner dans des hôtels de luxe. J’y apprends le sens du détail et la définition de la perfection. Quand j’ai assez d’argent, j’achète un billet d’avion pour les États-Unis. J’ai 18 ans.

Je reste plusieurs mois et puis je rentre : le manque de ma sœur et ma mère me déchire le cœur.

À mon retour, j’essaie de trouver quelque chose qui me passionne. Je réfléchis à ce que j’ai toujours aimé faire et je me souviens qu’enfant, je faisais fondre les fonds de rouges à lèvres de ma mère à la casserole pour mélanger les couleurs et en créer de nouvelles.

Alors c’est décidé, ce sera le maquillage. Je travaille comme vestiaire pour me payer l’école Fleurimon et ma sœur me prête de l’argent pour m’offrir une formation de maquillage permanent. On est en 1981 et cette méthode avant-gardiste me permet de me démarquer.

Une fois diplômée, j’accepte toutes les missions qu’on me propose. Je me retrouve notamment comme maquilleuse sur des tournages de films. Très vite, je comprends l’importance du regard : c’est là que se joue toutes les émotions. Alors j’y passe du temps et je soigne chaque détail. Je travaille bien et je suis demandée. J’ai un portefeuille de clientes de plus en plus important et je navigue entre trente instituts de beauté qui font appel à mes services.

J’ai 43 ans et la vie aurait sans doute pu continuer ainsi longtemps. Mais je me sépare de mon mari, mon meilleur ami depuis mes quatorze ans. Pour oublier mon chagrin, je me surinvestis dans mon travail et je décide d’ouvrir mon propre institut. Cela fait trop longtemps que cette idée de rétablir le sourcil, ce point si important du visage, me hante. Alors c’est décidé, je vais créer une nouvelle profession de spécialiste du sourcil.

En avril 2006, j’ouvre ma première boutique de 17 mètres carrés, rue rennequin dans le 17ème arrondissement de Paris. La presse, mes anciennes clientes, le bouche à oreille font que je travaille sept jours sur sept, de 8 heures à 23 heures et que ma boutique est aussi bondée qu’une boîte de nuit. Chaque jour les demandes augmentent.

Un jour, un homme vient payer la prestation de sa compagne. Il fait des blagues que je trouve très drôles. Au moment de partir, je l’invite à mon anniversaire quelques jours plus tard. À partir de 2009 et jusqu’à aujourd’hui encore, il sera mon associé. 

Je suis comme ça. Je fonctionne aux rencontres et aux intuitions. C’est ma force et mon intelligence. Petit à petit, de plus en plus d’instituts voient le jour. En France et puis à l’étranger. Luxembourg, Belgique, Espagne… L’Atelier du Sourcil gagne même le prix de la meilleure franchise.

En 2018, je rencontre Jean Michel Karam qui me conseille et m’épaule dans mes prises de décisions. Je le nomme président et il achète L’Atelier du Sourcil en 2020. Il est aussi grand et rayonnant que je suis petite et solide. Son envergure nous portera de l’autre côté de l’Atlantique. Je suis une femme de défis : les États-Unis, je me l’étais promis.

 En 2019, ma mère se fait opérer. Elle vieillit et il lui est de plus en plus difficile de se déplacer. Alors que je cherche sur Internet une maison adaptée, je clique sur un mauvais lien et découvre une maison à Marrakech. Et si cette ville était la nouvelle destination de l’Atelier du Sourcil ? C’est mon intuition alors je me lance.

En avril 2021, 15 ans après l’ouverture de ma première boutique, ouvrira à l’international, le 112ème Atelier du Sourcil à Marrakech, ma nouvelle terre d’accueil.

Ma vie je l’ai beaucoup rêvée. Mais je l’ai surtout réalisée.

 

 

 

Avec le code CURIOSITY15, bénéficiez de 15% de réduction sur les produits du eShop de L’Atelier du Sourcil !

 

 

Propos recueillis  et article écrit par Sophie Astrabie.