Lundi, il y a eu une panne des réseaux sociaux. Je sais, tout le monde en parle et c’est très énervant d’en parler car cela érige ce non-évènement au statut d’événement. Mais voilà, ce soir-là, on a fait autre chose. C’est pas tant qu’on a fait autre chose. C’est surtout qu’on a fait alors qu’habituellement, on fait tout à moitié : regarder un film en scrollant, discuter en scrollant, scroller en scrollant.

 Je ne sais pas ce que vous avez fait de ce temps béni des dieux (hello@curiosity-club.co">dites-nous, ça nous intéresse !) mais moi, j’ai écouté le podcast Bookmakers de Arte Radio dans mon lit. Plus particulièrement, l’épisode d’Hervé Le Tellier dans lequel j’ai fait la découverte de l’Oulipo. Depuis 2019, cet écrivain français est le président de ce groupe de personnes qui cherchent à développer la littérature inventive.

L’Oulipo ça veut dire OUvroir de LIttérature POtentielle – ce qui n’est pas très parlant. Mais s’il fallait catégoriser le concept, on pourrait dire que c’est quelque chose entre une école de pensée et un mouvement littéraire. Ce qui est sûr c’est que la littérature Oulipienne est une LITTÉRATURE SOUS CONTRAINTES.

Écrire donc, sous contraintes.

Hervé Le Tellier a une théorie qu’il appelle la théorie du jet d’eau. Si vous prenez un tuyau d’arrosage et que vous l’ouvrez, l’eau coule quelques centimètres au-delà de vos pieds. Si vous mettez un de vos doigts sur l’embout, cette pression qui est une contrainte pour le jet, fera que l’eau ira beaucoup plus loin. Et bien avec l’imagination, c’est la même chose. Avec une contrainte, l’imagination et la créativité vont plus loin.

 

L’un des oulipiens le plus connu, c’est George Perec qui a écrit “La disparition” ce livre de plus de 300 pages qui ne contient pas une seule fois la lettre “e”.  Ou encore Raymond Queneau et son fameux “Exercices de style” dans lequel il raconte une même histoire quatre-vingt-dix-neuf fois et de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes.

À la fin du podcast, Hervé Le Tellier lit un texte qu’il a écrit pour son fils, essentiellement avec les lettres présentes dans son nom et prénom. Mais des contraintes, il y en a plein d’autres et vous pouvez toutes les découvrir ici

 

Pour devenir membre de l’Oulipo il faut être coopté.e sans jamais avoir demandé à en faire partie. Depuis sa création, seulement quarante et une personnes ont obtenu le statut d’oulipien. Les oulipiennes, il y en a aussi, au nombre de 6 : Michèle Audin, Valérie Beaudouin, Anne F. Garréta, Michelle Grangaud, Clémentine Mélois, Michèle Métail

 

À la fin de l’épisode Arte Radio, je n’ai pas pu m’empêcher de réfléchir davantage à cette idée de contraintes et ce principe d’en faire une force. Quelles places ont les contraintes dans nos vies ? Pour ma part, il y a le fait de préférer retaper une maison plutôt que partir sur une construction neuve. Il y a aussi ma méthode d’écriture qui consiste à commencer mes textes sans réfléchir et devoir ensuite faire en sorte que le tout tienne la route. Et puis surtout, il y a le fait d’être une femme et avoir sa place dans la société.

Les menstruations, les grossesses, l’accouchement, le congé maternité, le salaire, le temps de parole à l’écran, la charge mentale, la culpabilité, les postes à responsabilités, le sexisme, la peur, le soir, la rue, la contraception, les rôle modèles trop rares, les femmes effacés de l’Histoire, le mansplaining, la parole coupée, la culture, l’Histoire, la société, nos mères et nos ainées. 

 

Être une femme, c’est une contrainte qui oblige à aller plus loin.

 

Mais dans chaque concept, il y a toujours une limite. On peut écrire un texte avec des contraintes, mais jamais avec celle de ne pas utiliser de mots. 

 

 

 

Texte écrit par Sophie Astrabie