Normalement, quand je suis invitée quelque part et que je ne connais personne, j’ai toujours ce sujet dans la poche qui marche à tous les coups. J’attends que plus personne ne parle, qu’il y ait une sorte de blanc, de flottement dans la discussion et j’affirme d’une voix ferme, sans ciller, “le mois de Novembre c’est vraiment le pire mois de l’année”. 

Ça ne loupe jamais, il y a toujours quelqu’un pour dire “ah non Novembre, il y a l’excitation de Noël ! C’est janvier le pire”. S’ensuit alors tout un débat qui dit que “Janvier, il y a la galette ! Que c’est février l’enfer” “Oui mais février c’est court, Novembre les jours rétrécissent alors que janvier…” “Oui mais janvier, t’as même plus Noël et l’été est dans 1000 ans.” “Mars est super long, tu ne vois pas le bout !” “Ouais mais c’est mon anniversaire… 

Bref, à la fin, on est tous très potes ou bien pas du tout MAIS ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas eu une minute de blanc.

Si je vous raconte ça, c’est que l’autre jour, j’ai vécu un autre sujet qui ne connait pas de blanc. Ce sujet, ce sont les petites choses que l’on fait, sans pouvoir s’en empêcher, qui nous rassurent et nous accompagnent dans notre vie super rationnelle. Des superstitions en quelque sorte.

Bien sûr, il y a les 22h22 et les 11h11 qui nous informe que quelqu’un, quelque part, nous aime. Les 13 à table, le pain retourné et le sel par-dessus l’épaule. Les échelles et les chats noirs. Toucher du bois pour conjurer le mauvais sort ou croiser les doigts lorsqu’on ment.  Ne pas marcher sur les lignes du carrelage ou éviter les plaques d’égout. Mais il y a tout le reste, ce que notre imagination nous dicte, ce qu’elle se crée toute seule.  

 

Par exemple, Diane touche la carlingue de l’avion avant de monter dedans. Histoire de l’encourager avant le vol. Au décollage Pauline doit écouter “I’m coming out” de Diana Ross.  Zoé, elle, s’habille toujours de la même manière lorsqu’elle prend l’avion. Une chemise bleue et un gros sweat gris. La même chemise bleue et le même sweat gris. Pour Anne-Sophie, c’est les jours de matches où elle doit obligatoirement porter les mêmes sous-vêtements : brassière, culotte, chaussettes.

 

Armelle doit penser à un footballeur différent chaque fois qu’elle ferme la porte de chez elle. Comme ça, dans la journée, lorsqu’elle se demandera si elle a bien fermé derrière elle, elle se souviendra que si, c’est bon, puisque ce matin il a pensé à Benzema.

 

Laura a toujours une carte “joker” avec elle. Elle ne sait pas depuis quand, ni pourquoi, mais elle ne peut plus s’en séparer. Elle aurait l’impression de perdre le joker de sa vie.

 

Pauline récite l’alphabet en tournant la queue d’une pomme. Morgane mange les cacahuètes par quatre. Magaly doit avaler les M&M’s par couleur. Si un saladier est posé sur la table, les couverts à l’intérieur ne peuvent pas être tournés vers Catherine.

 

Quand elle est au volant, Sophie lit son avenir dans les feux de circulation “Si le feu passe au vert dans les 5 secondes…”. Pour Capucine c’est lorsqu’elle épluche sa clémentine. “Si elle le fait en un seul coup, alors…”

 

Juliette met les boucles d’oreille de sa sœur dès qu’elle a un rendez-vous important. Blanche ramasse le premier marron d’automne qu’elle trouve par terre pour le donner à sa mère.

 

Charlotte met toujours sa chaussette droite en premier puis sa chaussette gauche, ensuite. Et pour ses chaussures, c’est pareil. Sandra se maquille d’abord l’oeil gauche, car il est du côté du coeur.

 

Maëlle compte le nombre d’étages de l’immeuble le plus haut de la rue dans laquelle elle marche. Marion compte les couverts lorsqu’elle vide le lave-vaisselle. Pour Camille, ce sont les marches de l’escalier qu’elle calcule. Il y a aussi Marine qui doit toujours terminer de monter les escaliers avec le pied droit.

 

Lucie met toujours son réveil en faisant en sorte que les minutes finissent par un 8. Céline compte les syllabes d’une phrase pour qu’il y en ait 12. Claire attend que les minutes passent à 14 pour ne pas se lever du lit à xx heure et 13 minutes. Élodie met le volume de la musique dans la voiture forcément sur un nombre pair. 

On fait toutes ce genre de choses dingues et irrationnelles car sinon… sinon aucune idée. Mais bon, dans le doute…on croise les doigts/touche du bois/jette du sel par dessus notre épaule.

 

Et vous, quel est votre truc ?