En juillet 2020, j’enregistrais un podcast dans lequel je dis “auteure” alors que je sais très bien que j’ai envie de dire “autrice” sauf que je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas parce que je ne l’assume pas, je ne veux pas rentrer dans un débat, et puis surtout, je ne veux pas être cataloguée.

 

C’est en réécoutant ce podcast l’autre jour que je me suis dit, tiens, c’est marrant, je ne trouve plus cela difficile de dire “autrice” aujourd’hui. Comme quoi. Il n’y a pas de “moche”. Il n’y a que des gens pas habitués. 

 

Je dis ce mot car j’ai lu des livres, que j’y ai réfléchi et que j’en suis arrivée à la conclusion que c’était le bon mot. Le mot qui existait avant qu’on empêche les femmes d’écrire et le mot qui me semble correct d’un point de vue de la construction. Et puis le mot qui ne dissimule pas encore les femmes derrière un “e” muet.

Le bon mot que je trouvais moche il y a trois ans.

 

Ça m’a fait réfléchir à toutes les choses que je pensais avant et à la fille que j’étais, aveuglée par l’habitude et contrainte par un monde qui tourne d’une certaine façon.

 

Je me souviens d’un copain qui me disait que parfois il ne préférait pas rentrer chez lui car sa copine était chiante. Je me disais alors que je n’étais pas une fille chiante, mais pourquoi donc les autres filles étaient-elles chiantes ? Pourquoi ? Et bien parce que ce copain en question partait 3 fois par semaines à ses entraînements de rugby et que le week-end il jouait aux quatre coins de la France et que pendant ce temps, elle devait s’occuper de leur enfant, gérer la maison et qu’ils ne pouvaient rien prévoir ensemble. En fait, derrière toutes les filles chiantes, il y a bien souvent des garçons égoïstes.

 

Je me souviens de mon stage de fin d’étude et de l’une de mes responsables qui partait à 18 heures pétantes pour aller chercher ses enfants. Je me souviens d’un collègue qui lui faisait régulièrement des réflexions et de moi, qui trouvait qu’il avait raison : j’étais stagiaire et je partais plus tard qu’elle…Elle n’avait qu’à prendre son après-midi. 

Sauf qu’au délà du fait qu’elle n’avait pas le choix, il y avait surtout le fait qu’elle arrivait avant moi le matin et que bien souvent, elle travaillait de chez elle le soir. 

Derrière les femmes qui partent “tôt” du bureau, il y a des mères qui se retrouvent avec le créneau du soir, le créneau le plus contraignant, le créneau qui rend visibles les femmes qui quittent le bureau à 18h.

 

Je me souviens des “femmes au foyer” qui avaient soit disant trouvé le mari qui leur permettait de se la couler douce. Je ne comprenais pas qu’elles ne faisaient pas rien. Qu’il y avait les enfants et que puisque ces femmes “ne travaillaient pas”, il était évident qu’elles devaient faire tout tout le reste. Et que souvent, elles étaient “femmes au foyer” pour permettre à leur mari de poursuivre leur carrière. En fait, je ne comprenais pas que derrière chaque femme au foyer, il y a une travailleuse qui ne prendra jamais sa retraite.

 

Et vous, de quoi vous souvenez-vous ?