Qui est le Père Noël ? On sait qu’il vit au Pôle Nord, mais qu’il reçoit ses lettres à Libourne dans le Sud Ouest de la France, ce qui n’est pas hyper pratique mais bon. Peut-être que quelque chose nous échappe. Comme le fait qu’il ait apporté la maison Playmobil et une voiture électrique à notre copine Laurie en CM1 alors que nous, nous avions eu un puzzle. 

Il y a cette légende aussi, qui dit que le Père Noël doit beaucoup à cette boisson gazeuse étrangement créée par un pharmacien qui devait avoir des parts dans un laboratoire de recherches sur le diabète. Mais en fait, ce ne serait pas très vrai. Comme beaucoup de choses dans cette histoire, me direz-vous.

Et puis aussi, ce problème de cheminée qui n’est pas bien clair. S’il passe par la porte, c’est qu’il a les clés ? A-t-il le double de toutes les clés des maisons sans cheminée ? Et si oui, expliquez moi comment il fait pour s’en sortir quand on a déjà du mal à gérer les deux cadenas de notre vélo ? Et c’est quoi son porte-clés, du coup ? Et combien il pèse ? Y a-t-il un renne respo clé ? Est-ce que c’est un renne nain ?

Tout est flou, rien n’est sûr, sauf une chose. Le Père Noël est un homme.

Ce n’est pas hyper gênant, après tout, la parité ce n’est pas facile quand il n’y a qu’un poste, qu’on est nommé à vie et qu’on est immortel. Une femme a dû foirer son entretien d’embauche bon. Voilà. Ça arrive. Mais l’autre jour, alors que je faisais du chantage à un enfant de trois ans et demi, j’ai été assez surprise par la phrase “On verra. Il faudra qu’on demande au Papa Noël”.

J’ai eu l’impression d’être une petite fille et de revoir ma grand-mère me dire “demande à papy” quand je voulais qu’on me paye un truc (= des Pogs). C’est très personnel mais en même temps ce qui est personnel est universel. Chez moi, en toile de fond, les cadeaux c’était l’aval d’un homme.

 

Alors qu’est ce que ça change que le Père Noël soit un homme ? En fait, je ne sais pas trop.

 

Peut-être qu’il n’y aurait pas de slips “les boules du Père Noël” en vente à 9.90€ chez Lidl et ça, ça ne serait pas une mauvaise chose. Peut-être qu’on arrêterait de caricaturer sur l’autorité et la douceur au sein d’un couple : ce n’est pas forcément le papa qui punit, ni la maman qui console. Peut-être qu’on aurait un texto à la fin de la tournée pour prévenir qu’elle est bien rentrée. On ne sait pas.

Peut-être aussi que tout ça est tiré par les cheveux, qu’il fallait bien choisir entre un homme et une femme, que ça s’est fait à pile ou face et que voilà, c’est dommage mais en fait pas tant que ça, c’est le barbu qui se tape le tour du monde en traineau par -5 degrés et le burn-out qui va avec.

Mais dans la vie, il y a souvent une explication et elle se fait rarement en lançant une pièce en l’air. Selon moi, si le Père Noël est un homme, c’est purement culturel. Car le Père Noël date d’une autre époque. Une époque où les femmes doivent demander l’autorisation pour travailler. Et comment une femme peut-elle offrir des cadeaux au monde entier alors qu’elle n’a même pas le droit d’ouvrir un compte en banque ?

En 2015, l’agence de communication Anomaly a demandé à des enfants si le Père Noël pouvait être une Mère Noël. La réponse a été non, sans nuance. On peut les comprendre dans le sens où les enfants n’aiment pas le changement surtout quand les choses fonctionnent bien. Or jusqu’à présent c’était un Père Noël et ils recevaient des cadeaux au pied du sapin.

Mais quand on leur demande « pourquoi non », les réponses sont très étonnantes. Il y a notamment le fameux « Elle pourrait se perdre dans le ciel. » ou encore « Si elle a un bébé, elle devra distribuer les cadeaux et en même temps lui donner son lait. » ou bien « Ça sera trop lourd pour une femme. » 

Et c’est dingue parce que tous les cadeaux du monde, de toute façon, c’est déjà trop lourd pour n’importe quel être humain. C’est fou de voir à quel point les stéréotypes sont déjà là, à 5 ans.

Que se passerait-il si le Père Noël était une Mère Noël ? On ne sait pas. L’idée n’est pas forcément d’avoir des réponses, mais d’ouvrir toutes les pistes de réflexions. Pour être conscient que souvent, nos croyances ne nous appartiennent pas. Qu’à 5 ans, on aurait sûrement répondu la même chose. Et qu’il y a 50 ans, à la question est-ce que le président peut-être une présidente, on aurait sûrement dit que non. Car sinon qui ferait la cuisine ?

 

 

 

Article écrit par Sophie Astrabie.