On part sans se retourner car bon, a quasiment 8 mois de grossesse, il était temps. Et en même temps, on a tout un tas de questions qui surgissent sans crier gare. Est-ce qu’ils vont se rendre compte que je suis partie ? Suis-je inutile ? Et si l’entreprise fonctionnait mieux sans moi ? Est-ce que la personne qui me remplace n’est pas un peu trop sympa ? Et si on m’oubliait ? Ils vont manger quoi à la cantine ce midi ? 

Mais on arrive chez soi et finalement, la première journée se déroule bien. À 10 heures, on s’installe en terrasse avec un livre. Chose que l’on n’a pas faite depuis… toujours ? On prend un café décaféiné (ou pas) et on regarde les gens passer. Et ça va. Ils passent.

Sauf qu’à 15 heures, on a gaspillé beaucoup trop de temps sur Instagram et on se demande déjà ce qu’on va bien pouvoir faire jusqu’à l’accouchement. En fait, le congé maternité, c’est des “vacances” mais sans pote, sans apéros et sans capacités physiques. On aurait bien bossé jusqu’au bout pour ajouter des semaines “à l’après” mais on fait 15 kilos (ou 25) de plus, on a mal au corps, on est essoufflée, on dort mal et on arrive plus à se souvenir de son code de carte bleue. Alors bon.

À la place, on regarde « Affaire conclue” de Sophie Davant. Et parfois, on répond à des mails du boulot parce qu’on nous demande un coup de main. Puisque c’est une stagiaire qui a repris notre poste.

Parfois, assise dans notre salon, on se met à angoisser d’être remplacée, à angoisser de l’accouchement, à angoisser de la maternité, à angoisser que notre couple ne survive pas à cet énorme changement dont tout le monde parle.

Alors pour se changer les idées, on finit d’acheter les dernières affaires manquantes. On pense à tout et doucement, une petite charge mentale se met en place pour la suite. Évidemment, cela avait commencé avant. Avec le choix de la maternité, les cours de préparation à l’accouchement et les inscriptions à la crèche. Pour la crèche, notre mec s’en était chargé pourtant. Mais il fallait donner les coordonnées des deux parents et, bizarrement il n’y a que notre téléphone à nous qui sonne. Mais comment faire ? On est celle qui a le temps après tout.

Et puis l’enfant paraît comme dirait Françoise Dolto*. Évidemment, l’accouchement ne s’est pas passé comme on l’avait imaginé. Il y a eu la poche des eaux qui se rompt et les contractions qui n’arrivent pas. Puis le travail qui dure deux jours. La césarienne alors qu’on rêvait d’accoucher par voie basse. L’aide-soignante qui n’aide pas. Le sage-femme admirablement sage, mais le médecin qui ne nous écoute pas. Il y a surtout, l’accouchement comme une épreuve sportive voire une opération chirurgicale. Et toujours ce mot que l’on utilise et qui modèle des croyances : congé.

Le congé c’est la fatigue, les nuits saccadées, le sang qui coule, l’allaitement qui fait mal, les remarques qui assassinent, la peur de ne pas y arriver, le blues, la déprime, les visites, trop de visites. On veut rentrer chez soi mais on a peur de rentrer chez soi. Peur de ne pas savoir faire, peur de louper quelque chose. Peur de ne pas aimer ça. Peur d’avoir fait une erreur. Peur de regretter sa vie d’avant. 

Mais on rentre. Et puis notre conjoint part. Le congé paternité est terminé. Enfin pas vraiment mais comme dit le site officiel de l’administration française “Le bénéficiaire peut prendre moins de 11 jours de congé s’il le souhaite.”

Est-ce qu’il le souhaite ? Pas vraiment. Mais si c’est possible comment faire face aux attentes d’une société qui ne nous attend pas ? 

Et on se retrouve seule.

Il y a des jours, on trouve cela formidable et des jours où on aimerait fuir et disparaître. On passe la journée avec un bébé qui ne parle pas et ne nous sourira pas avant 6 semaines de vie. Et souvent il pleure. Il n’empêche, on commence à bien connaître cet enfant et on l’aime bien. Quand même. 

C’est à ce moment-là qu’un décalage se crée avec le père. Déjà. Car il ne nous faut qu’une minute pour changer une couche quand il lui en faut cinq. Normal, on s’entraîne plusieurs fois par jour. Apparaissent alors les terribles :“Laisse, je vais le faire”. (Erreur)

Deux mois et demi passent ainsi. À la fin, il y a celles qui rêvent de retourner travailler et celles qui n’imaginent pas laisser un bébé de même pas trois mois à une autre personne. La première se sent coupable et la seconde aussi. Good news ! On peut nous remettre le grand badge de la maternité !

On a eu le congé. On a la culpabilité. C’est bon, on a la congé maternité !

 

On est prête pour l’après… 

 

Pour lire l’article « le congé maternité : l’avant » c’est par ici !

 

 

 

Article rédigé par Sophie Astrabie.

*Qui l’avait elle-même piqué à Victor Hugo d’ailleurs. Françoise. Tout de même.