Je me souviens de l’an 2000.  L’an 2000, c’était impressionnant même pour ceux, comme moi, qui étaient nés peu de temps avant. Vous vous souvenez, il y avait une sorte de loterie pour le bébé qui naîtrait en premier dans ce nouveau siècle. À l’époque, cela m’avait beaucoup perturbée d’imaginer cette course à l’accouchement. Maîtriser l’immaîtrisable. 

Et puis les bébés de l’an 2000 étaient nés les uns après les autres et désormais, même ceux qui n’étaient pas très bons en maths pouvaient calculer leurs âges.

 

C’étaient des enfants surprenants. Comment était-il possible qu’un enfant né en 2000 ait déjà 15 ans en 2015 ? Vraiment surprenant.

 

Mais surtout, nous serions nous doutés que ces bébés vivraient la plus étrange des vingtièmes années ? Non bien sûr.

 

Quand la crise sanitaire est arrivée, j’ai tout de suite pensé que j’avais de la chance. Que je n’étais pas dans un moment de ma vie où la situation allait avoir un fort impact sur moi. J’ai pensé à ça parce que j’ai imaginé tout ce que cela aurait changé si c’était arrivé l’année de mes vingt ans.

J’ai regardé mon mec, celui avec qui j’avais fait deux enfants et je l’ai gommé de ma vie. Je ne l’aurais pas rencontré.

J’ai pensé à mon année en Angleterre, le rêve de ma vie à l’époque : vivre à l’étranger pour apprendre à parler anglais et dans ma tête j’ai dit “I don’t know how to traduct it” (phrase réellement prononcée dans en vol en partance pour une année à rien comprendre). “I don’t know how to traduct it” ça aurait été ça, mon rêve aujourd’hui. Une mauvaise traduction.

 

J’ai réfléchi à tout cela, à ce fameux effet papillon, et j’ai vu toutes ces choses s’effacer peu à peu devant moi. 

 

Alors, ça aurait changé quoi pour vous, si c’était tombé l’année de vos vingt ans ?

 

Ce qui revient le plus souvent quand je pose la question, ce sont les rencontres. Celles qui ont lieu sur les bancs d’une fac ou lors d’une soirée étudiante. Celles qui n’auront pas lieu donc. J’ai pensé au film “Smoking or not smoking” dans lequel la trajectoire des personnages change en fonction du choix de Célia : fumer ou non une cigarette du paquet qu’elle vient de trouver par terre. Coviding à 20 ans ou not coviding à 20 ans ? Qu’est ce que ça aurait changé ?

 

Il y a deux semaines déjà, Mélanie Luce, la président de l’UNEF (Union nationale des étudiants de France) alertait sur la situation. “On est vraiment dans une situation critique, on reçoit des messages d’étudiants qui nous disent qu’ils vont se suicider”. Et je trouve dingue que la situation soit à ce point catastrophique et que nous nous en rendions si peu compte. Que nous ne nous en inquiétions pas davantage.

 

Sans doute est-ce difficile de plaindre la jeunesse. Dans cette phrase déjà, il y a un truc qui ne va pas. Être jeune c’est être heureux. C’est être libre, c’est l’insouciance, c’est faire la fête, c’est découvrir l’amour et les amis d’une vie. Et puis surtout, qui n’a pas envie d’être jeune et d’avoir la vie devant soi ?

 

Mais en 2020, tout a changé. Personne n’a envie d’être jeune. On parle de jeunesse sacrifiée et ce sont ces bébés de l’an 2000 qui en sont là aujourd’hui.

 

Avons-nous du mal à nous mettre à leur place pour à ce point les oublier ? Au Curiosity Club on a décidé de réfléchir à cette phrase “si j’avais vingt ans” par solidarité envers cette génération. Pour montrer à tous que ce qui se passe est grave et qu’on ne peut pas fermer les yeux comme s’il s’agissait d’un simple caprice. Enlevez-nous notre jeunesse et c’est notre vie qui est bouleversée. 

 

#lanneedemes20ans : si c’était aujourd’hui, je n’aurais pas rencontré mon mari et je n’aurais pas fait cette année d’étude qui a changé ma vie.

 

Et vous ? Il s’est passé quoi l’année de vos vingt ans ?

 

 

 

 

 

 

Article rédigé par Sophie Astrabie.

Illustration par @gomzillustrations