Voilà. L’enfant que vous êtes en train de regarder dormir (ou pleurer, ça dépend des minutes) a 10 semaines. Et demain, vous retournez au travail.

10 semaines !

10 semaines que vous avez accouché. Cela vous semble à la fois hier, et à la fois, le jour avant aujourd’hui. Mais mille ans plus tôt.

 

Déjà, il vous a fallu deux semaines pour vous laver les cheveux. Une de plus pour trouver le temps de vous les rincer. Vous allez bien mais pas toujours. Vous oscillez entre beaucoup de joie, beaucoup de culpabilité, beaucoup d’ennui, beaucoup de nostalgie sur votre vie d’avant et beaucoup, beaucoup d’amour. Heureusement que l’amour dans le “Scrabble spécial maternité”, ça rapporte beaucoup de points. Mais parfois, on inverse les lettres et on obtient “moura”. Et ça n’existe pas, mais on ne va pas se mentir, on comprend quand même l’idée.

Vous ne fermez toujours pas vos pantalons. Vous allaitez toujours. Votre enfant se réveille encore 3 fois par nuit (parfois 18). Vous avez failli quitter son père parce que. Et c’est une excellente raison. Vous pleurez parfois dans les toilettes. Parfois, c’est sous la douche. Vous n’aimez plus le beurre de cacahuète. Vous avez peur de continuer d’appliquer la règle du “dormir quand son enfant dort” que l’on vous a si souvent répétée, mais sur votre clavier. Vous avez peur de demander par inadvertance à l’un de vos collègues, s’il a fait caca.

https://docs.google.com/forms/d/1hx2QIAJmp86W7yazeRZI_2KwYsSsQeW5JoYfyJ1h37g/viewform?edit_requested=true&fbzx=-7233164311074658346

Peut-être que vous allez très bien et que vous voulez rester toute votre vie aux côtés de ce petit être qui sent bon, même quand il sue entre ses plis.

Peut-être que vous allez très bien et que vous avez très hâte de récupérer votre vie d’avant, celle avec des gens qui font des phrases, répondent à des emails et suent entre leurs plis. Aussi.

Le matin, c’est votre conjoint qui dépose votre enfant à la crèche et le soir, c’est vous qui allez le chercher. Vous partez donc bien plus tôt qu’avant car désormais, vous n’avez plus la possibilité de “rester un peu plus longtemps pour finir quelque chose.”

À présent, le temps pour finir ce sera avant d’avoir commencé.

Le soir, à 17h30, vous éteignez votre ordinateur. Gérard en profite pour vous souhaiter “un bel après-midi” avec son air mi-content, mi-con. Vous avez envie de dire que vous êtes arrivée deux heures avant lui ce matin, mais il est déjà 17h33. Vous allez être en retard.

Vous courrez. Avant il vous fallait être à l’heure au travail, maintenant il vous faut être à l’heure partout. Avant vous détestiez les problèmes de transport. Maintenant, vous les détestez car ils vous filent de la tachycardie. Avant vous ne saviez pas écrire tachycardie. 

Vous récupérez votre progéniture. Vous mixez une purée avec amour, parce que vous êtes à la maison en premier et que donc c’est logique. Du coup vous devenez garante des repas. L’air de rien.

Vous avez cherché “purée bébé 5 mois” sur Internet. Vous avez appris des choses et maintenant, vous êtes aussi garante du savoir. 

Le lendemain, la journée recommence. Ça va être usant parfois, cette répétition. Ce quotidien qui ne laisse plus beaucoup de place à l’exceptionnel. Ni à soi. Ce qui revient au même évidemment. Mais l’amour, l’amour est là. 

En revanche, à 10 heures 38, ce n’est pas l’amour qui appelle mais la crèche. La crèche qui a les numéros des deux parents mais qui vous appellera à vous, chaque fois, sans exception. (La plus cool directrice d’école de France en parle ici). Gérard ne ratera pas une occasion de vous faire une remarque. Gérard qui a 3 enfants mais ne part jamais avant 20 heures “parce qu’il est plus tranquille ici

Vous allaitez toujours. À la maternité, vous vous êtes fait engueuler par une puéricultrice parce que vous ne vouliez pas allaiter. Il faut dire qu’à 6 mois de grossesse, quand vous avez parlé de l’éventualité d’allaiter, votre mère vous a regardé avec de grands yeux “Allaiter ? Alors qu’on s’est battues pour être libres ? Tu n’y songes pas ?

Alors vous n’y avez plus songé.

Mais la puéricultrice vous a mis la pression et vous avez voulu essayer. Et c’est vrai, ça vous a plu. L’OMS recommande l’allaitement exclusif pendant 6 mois. Vous avez repris le boulot quand votre enfant n’en avait pas 3. Au bureau, vous tirez votre lait dans les toilettes car il n’y a pas de salle dédiée. Et puis vous vous cachez car être mère n’est pas qu’un mot. C’est un concept qui enferme dans un rôle et vous ne voulez pas que ce rôle vous pénalise dans votre travail. Parfois, il est plus que l’heure de tirer votre lait mais vous êtes bloquée en réunion depuis deux heures. Alors entre l’OMS, votre mère, la puéricultrice, votre enfant, l’entreprise : vous vous sentez comme l’Homme de Vitruve. Écartelée mais avec deux fois plus de bras.

Mère n’est pas qu’un mot. C’est un concept. Selon la société, être mère c’est s’absenter quand un enfant est malade. C’est partir du travail plus tôt car, puisque ce n’est possible pour personne, c’est elle qui le fait. C’est penser qu’un enfant n’est pas à jour sur ses vaccins et avoir donc l’esprit moins libre pour être efficace au travail. C’est culpabiliser d’en faire moins car de tout temps, toutes les mères en ont fait plus. En cas de crise sanitaire mondiale, être mère, c’est être peu efficace en télétravail. Voire poser des congés car ça ne fonctionne plus. Être mère, c’est aussi la probabilité de le redevenir d’ici 3 ans et repartir en congé maternité.

 

Après un congé maternité, une chose est sûre : la femme est devenue mère. Mais peut-être pas celle qu’elle croyait. Pas celle que la société imagine. Pas celle dans laquelle certaines entreprises la contraignent. 

Il est peut-être temps que les entreprises accompagnent les femmes à leur retour de congé maternité avec de vrais programmes qui produisent de vrais effets. Et que celles qui le font déjà, témoignent. Car bientôt les pères aussi rentreront d’un vrai congé paternité (on parle pas des 1 mois à compter du mois de juillet, on parle de notre doux rêve de l’alignement du congé paternité sur celui du congé maternité), et on espère qu’ils n’auront jamais à prendre conscience de notre réalité : ils ne s’en remettraient pas 😆!

 

Si vous avez déjà vécu un retour de congé maternité, nous avons GRANDEMENT besoin que vous répondiez à notre questionnaire :

https://docs.google.com/forms/d/1hx2QIAJmp86W7yazeRZI_2KwYsSsQeW5JoYfyJ1h37g/viewform?edit_requested=true&fbzx=-7233164311074658346

Ce questionnaire va nous permettre de développer lesdits programmes dont on parle et de les proposer à vos entreprises ! Donc prenez 5 minutes pour le remplir : les 5 minutes les plus rentabilisées de l’histoire :).

Et aussi …

Pour lire l’article « le congé maternité : l’avant » c’est par ici !

Pour lire l’article « le congé maternité : pendant » c’est par ici !

 

Article rédigé par Sophie Astrabie.